Marie-Claire Brunet est infirmière en récupération améliorée après chirurgie au CHU de Poitiers au sein du pôle de neurosciences
Qu’est-ce que la récupération améliorée après chirurgie (RAAC) ?
La récupération améliorée après chirurgie (RAAC) représente une approche innovante de la prise en charge des patients, visant à accélérer leur rétablissement tout en optimisant leur expérience globale. Contrairement aux méthodes traditionnelles, cette démarche place le patient au cœur de son propre parcours, en le rendant acteur actif de sa convalescence. L’idée centrale est simple : anticiper chaque étape, du préopératoire au retour à domicile, pour réduire le stress, améliorer les résultats cliniques et favoriser une récupération plus rapide et plus harmonieuse.
Au sein de cette organisation, l’équipe pluridisciplinaire joue un rôle clé. Chirurgiens, anesthésistes, infirmiers, aides-soignants, agents des services hospitaliers et kinésithérapeutes collaborent étroitement pour offrir un accompagnement personnalisé. Chaque professionnel apporte son expertise, créant ainsi un environnement de soins cohérent et rassurant pour le patient. L’infirmière RAAC occupe une place particulière dans ce dispositif. Elle est la personne référente qui suit le patient depuis la décision médicale d’intervention jusqu’à plusieurs jours après.
Marie-Claire Brunet : infirmière RAAC
Marie-Claire Brunet intervient au sein du pôle de neurosciences, avec une expertise ciblée dans deux services : le service d’orthopédie-traumatologie pour des chirurgies de la colonne vertébrale et le service de neurochirurgie du rachis, chirurgie de la douleur et du handicap.
Forte de son expérience, Marie-Claire Brunet a postulé sur le poste créé. Ce rôle lui permettait de mettre en avant son goût pour le relationnel et de prendre le temps nécessaire avec les patients, un aspect qu’elle apprécie particulièrement. Une condition essentielle pour occuper ce poste était de disposer d’une formation en éducation thérapeutique, qu’elle avait suivie quelques années auparavant. Comme ce poste n’existait pas encore au CHU de Poitiers, Marie-Claire Brunet a dû créer de toutes pièces les processus associés. Pour bien comprendre la prise en charge globale, elle a suivi l’intégralité du parcours patient aux côtés des différents professionnels impliqués (que ce soit au bloc ou en consultation) : chirurgiens, anesthésistes, kinésithérapeutes, etc. Accompagnées de sa cadre supérieure de santé, Cécile Ramaye, elle s’est rendue aux Hospices civils de Lyon (CHU de Lyon) pour rencontrer son homologue. Sa connaissance approfondie de l’établissement et des spécialités est un atout majeur, car ses missions la mènent à faire le lien entre différents services.
L’infirmière RAAC intervient à plusieurs étapes clés du parcours du patient. Dès la suite de la consultation avec le chirurgien, un premier entretien permet de reformuler les informations médicales dans un langage accessible. Les détails de l’intervention et les étapes à venir sont expliqués, souvent à l’aide d’outils pédagogiques adaptés. Pour cela, Marie-Claire Brunet a élaboré et adapté différents documents inspirés de ce qui ce qui se faisait dans d’autres établissements. Elle utilise aussi une « girafe », qui a une colonne vertébrale dans le cou, ce qui permet au patient de visualiser concrètement ce qui va être fait, où et la taille de la cicatrice, notamment pour la chirurgie de scoliose des adolescents. Ce premier échange est aussi l’occasion de remettre au patient les documents administratifs nécessaires : ordonnances préopératoires, consentement éclairé, ainsi qu’un journal de bord qu’elle a elle-même conçu. Ce dernier sert de fil conducteur pour l’aider à organiser son parcours sans rien oublier et à anticiper sereinement son retour à domicile, notamment en réservant à l’avance les interventions des infirmiers ou des kinésithérapeutes. « Quand je rencontre les patients, ils sont souvent angoissés. Ils oublient la moitié des informations que je leur donne. Il était important que je mette au point un document dans lequel ils peuvent les retrouver ».
Un deuxième entretien, organisé après la consultation d’anesthésie, permet de faire le point sur les éventuelles questions du patient concernant son intervention ou son parcours. L’infirmière récupère alors les documents signés pour les intégrer au dossier médical sous forme numérisée. Les consignes pratiques sont rappelées avec précision : respect du jeûne préopératoire, modalités d’entrée à l’hôpital, préadmission, ainsi que les recommandations concernant la douche et la dépilation du site opératoire.
Une fois l’intervention terminée et le patient de retour à domicile, un troisième entretien téléphonique est organisé dans les 24 à 72 heures suivant la sortie. Cet échange permet d’évaluer la gestion de la douleur, l’état de la cicatrisation, la récupération de la motricité, ainsi que le rappel des rendez-vous postopératoires et des examens complémentaires à programmer. Ces entretiens postopératoires sont systématiquement ajoutés au dossier patient, assurant ainsi une traçabilité complète.
Infirmière RAAC : une coordination qui fait la différence
Le rôle de l’infirmière RAAC est central dans la prise en charge des patients : elle assure la coordination entre les différents acteurs — chirurgiens, anesthésistes, kinésithérapeutes, etc. — et accompagne les patients tout au long de leur parcours, de la préparation préopératoire au suivi postopératoire. « Cela les rassure d’avoir toujours affaire à la même personne », souligne Marie-Claire Brunet qui reste disponible par téléphone et/ou par mail.
Pour les services, les bénéfices d’une infirmière RAAC sont multiples, à commencer par la gestion administrative. Elle centralise toute cette partie en amont : elle collecte et intègre au dossier patient informatisé l’ensemble des documents nécessaires, simplifiant ainsi les démarches et réduisant les délais et anticipe la demande de convalescence via le logiciel Trajectoire.
Les patients, mieux informés et moins stressés, respectent davantage les consignes préopératoires. La sensibilisation à une mobilisation précoce et quotidienne, combinée à une prise en charge anticipée de la douleur postopératoire et à des séances de kinésithérapie planifiées, favorise une récupération plus rapide et plus complète. Cette approche contribue également à améliorer la qualité des parcours de soins dans le pôle, notamment en respectant la durée moyenne de séjour. Par ailleurs, l’anticipation des demandes de convalescence optimise la gestion des ressources et renforce la coordination entre les professionnels.
Le rôle de l’infirmière RAAC est tout aussi important pour les patients, ce que soulignent les nombreux témoignages des patients : “C’est bien et rassurant d’avoir une personne référente, on se sent entendu et rassuré”. Lorsqu’elle rencontre ces derniers, Marie-Claire Brunet prend son temps pour bien leur expliquer les choses et répondre à toutes leurs questions. « Les entretiens durent en moyenne 30 minutes, mais ils peuvent parfois être bien plus longs. Je prends le temps nécessaire pour leur détailler les différentes étapes de l’intervention, l’intervention elle-même, les dispositifs médicaux utilisés, etc. Je ne leur cache rien. Je leur dis quand ils vont avoir mal ou que la convalescence sera longue. Les échanges avec les patients sont différents de ceux qu’ils ont avec les médecins. Ils me disent des choses ou me posent des questions qu’ils n’osent pas aborder avec le personnel médical ». Il s’agit souvent de rassurer les patients avant l’intervention, parfois même leurs proches car, comme le souligne Marie-Claire Brunet : « un patient qui va bien dans sa tête va bien dans son corps ».
En combinant anticipation, coordination et personnalisation, l’infirmière RAAC transforme l’expérience chirurgicale en un parcours plus fluide, plus sûr et plus humain. Marie-Claire Brunet accompagne ainsi près de 25 patients par mois, soit environ 500 nouveaux patients par an sur les deux spécialités.