Recherche : la recherche clinique boostée par le CIC

La recherche clinique boostée par le CIC

Désormais dirigé par le Pr René Robert, le centre d’investigation clinique (CIC) accompagne les principaux projets de recherche clinique menés au centre hospitalier universitaire (CHU) de Poitiers. Alors que l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) vient de lui renouveler sa confiance, il entend développer ses moyens techniques et ses liens avec la recherche fondamentale.

L e centre d’investigation clinique (CIC) de Poitiers a obtenu en 2018 le renouvellement de sa labellisation par l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), pour cinq ans. Son fondateur, le Pr François Guilhot, a, dans le même temps, passé les rênes du service au Pr René Robert, médecin coordonnateur (lire encadré ci-dessous).

Le Pr. René Robert a pris la tête du centre d’investigation clinique (CIC) de Poitiers en décembre 2017.
Le Pr. René Robert a pris la tête du centre d’investigation clinique (CIC) de Poitiers en décembre 2017.

Pr René Robert, nouveau coordinateur du CIC
Chef du service de réanimation médicale et du pôle urgences-SamuSmur-anesthésie-réanimation, le Pr René Robert a pris la tête du centre d’investigation clinique (CIC) de Poitiers en décembre 2017. Il succède au Pr François Guilhot, fondateur du CIC.

Arrivé au CHU de Poitiers en 1980 en tant qu’interne, René Robert a été nommé professeur des universités-praticien hospitalier (PU-PH) en 1992, puis délégué régional à la recherche de 2010 à 2018. En 2012, il a monté le groupe de recherche « Alive » – qui a intégré le CIC en 2014 – avec le docteur Jean-Pierre Frat et le professeur Arnaud Thille, médecins réanimateurs, et le professeur Xavier Drouot, neurophysiologiste spécialiste du sommeil.

René Robert est aussi connu pour ses travaux sur l’éthique en santé, notamment au sein de l’espace de réflexion éthique de l’ex-région Poitou-Charentes.

Quatre thèmes majeurs
Implantés dans les centres hospitaliers universitaires (CHU), les CIC ont pour mission de soutenir les chercheurs pour l’élaboration et la réalisation d’essais cliniques ou d’études épidémiologiques. A Poitiers, quatre axes principaux, désignés par des acronymes anglophones, structurent les travaux. « Thor », dans le domaine de la cancérologie et plus spécifiquement de l’hématologie, est le plus ancien. « Les recherches se concentrent aujourd’hui sur le myélome. Elles ont longtemps porté sur la leucémie myéloïde chronique, dont François Guilhot a contribué à la découverte du traitement », relate le Pr Pierre-Jean Saulnier, médecin délégué du CIC.

Le centre accompagne également des travaux du groupe « Alive », qui s’intéresse aux détresses respiratoires aiguës, aux modalités d’oxygénation et aux relations entre manque de sommeil et difficultés respiratoires. « Nous avons notamment prouvé que la technique dite “d’oxygénothérapie nasale à haut débit” entraînait une baisse de la mortalité et des complications », explique René Robert, responsable du groupe. Le troisième axe, baptisé « ACDC », portait initialement sur les complications chroniques du diabète. « Or, il nous semble que chez les personnes diabétiques, le vieillissement est en quelque sorte accéléré. Après s’être intéressé en particulier à la fonction rénale, on essaie aujourd’hui de s’en servir pour modéliser le déclin des fonctions cognitives, cardiaques… », indique Pierre-Jean Saulnier.

Les chercheurs bénéficient, pour ce faire, des données issues d’une cohorte de patients diabétiques qu’ils suivent depuis le début des années 2000. « Hedex » désigne la quatrième thématique majeure : les perturbateurs endocriniens. Il s’agit à la fois d’explorer les moyens de limiter l’exposition du public à ces substances et de mesurer leur impact sur la santé. Un autre groupe se penche sur les maladies neurodégénératives, en particulier celle de Parkinson, en collaboration avec d’autres CIC spécialisés dans les techniques d’implantation de sondes cérébrales.

Le CIC de Poitiers met aussi en œuvre des études cliniques lancées par d’autres centres hospitaliers, des laboratoires pharmaceutiques…

Excellence scientifique
Il met à disposition des chercheurs du personnel et trois plateformes d’investigation clinique pour explorer des malades et volontaires sains, bientôt cinq. Le bureau de méthodologie et biostatistiques les aide à construire leur démonstration scientifique, du protocole d’essai à l’analyse des données. Les chercheurs ont également accès au centre de ressources biologiques pour conserver des échantillons biologiques (sang, urine, tissus…) et à une plateforme physiologique offrant des outils non invasifs d’exploration respiratoire, du sommeil ou encore de la circulation sanguine. La future maison de la santé publique fournira par ailleurs un cadre et des équipements d’étude clinique en matière de prévention et d’éducation en santé, pour le projet Hedex notamment. Enfin, le CIC devrait accueillir à l’automne prochain une chambre d’hypoxie, c’est-à-dire à faible teneur en oxygène, pour analyser les réactions de l’organisme dans ces conditions.

De quoi accompagner la montée en puissance du CIC envisagée pour les prochaines années. « Notre ambition est de lui donner une image d’excellence scientifique au sein de la région Nouvelle-Aquitaine, explique René Robert. Nous souhaitons accueillir plus d’essais thérapeutiques, qui visent à tester chez l’être humain des traitements d’avenir. Solliciter le CIC dès la “phase précoce” est, de la part de l’industrie pharmaceutique, une marque de reconnaissance du savoir-faire et de la rigueur scientifique de nos chercheurs. Nous devons aussi travailler davantage avec les équipes de recherche fondamentale labellisées du CHU. » Il s’agira d’abord de confirmer le lien entre le groupe « Alive » et l’équipe Inserm 1084 (neurosciences expérimentales et cliniques). Puis de créer deux nouveaux axes de recherche au CIC, en relation avec les unités Inserm 1082 et 1070 du CHU, qui traitent respectivement de la transplantation et de l’infectiologie.

Comment est lancée une étude clinique au CIC ?
Elodie Migault, gestionnaire du CIC : « Avant tout essai clinique, qu’il soit sollicité par un médecin du CHU ou une firme pharmaceutique, on organise une visite de faisabilité. Le promoteur de l’étude vérifie que le CIC dispose des moyens nécessaires, des volontaires potentiels… Ensuite, on réunit en interne un comité technique qui statue sur la capacité de notre CIC à réaliser l’essai. Une fois qu’il a donné son aval, une visite de mise en place a lieu, au cours de laquelle le promoteur détaille le protocole. Il doit par ailleurs obtenir toutes les autorisations et accords réglementaires nécessaires. L’application du protocole et le contrôle de la qualité de recueil des données revient ensuite aux personnels de recherche clinique du CIC : infirmiers, techniciens et attachés de recherche clinique. »

Article issu du CHU magazine n°76.