Questions à Alexia Delbreil, psychiatre et médecin légiste

Alexia Delbreil, psychiatre et médecin légiste au CHU de Poitiers

À 36 ans, Alexia Delbreil officie comme psychiatre et médecin légiste au CHU de Poitiers. L’Agenaise est arrivée en 2007 dans l’établissement afin de réaliser son internat en psychiatrie auprès du professeur émérite Jean-Louis Senon. Attirée par la médecine légale, elle en fera sa seconde spécialité. Alexia Delbreil est, par ailleurs, diplômée en sciences criminelles et droit pénal. Depuis 2015, elle est praticien hospitalo-universitaire dans l’unité de médecine légale dirigée par le docteur Michel Sapanet. En parallèle à son activité clinique, le docteur Delbreil mène une étude universitaire sur les homicides conjugaux, en particulier sur la légitime défense immédiate et différée.

Docteur Delbreil, pouvez-vous nous expliquer en quoi consiste votre activité clinique au sein du CHU de Poitiers ?
Je participe à l’activité thanatologique du service telles que les autopsies ou les découvertes de corps sur des lieux d’accidents ou d’homicides. Je suis aussi sollicitée pour des consultations de victimes afin de délivrer des certificats initiaux de coups et blessures. Ce sont des activités que tous les praticiens réalisent en médecine légale. Une autre partie de mon travail consiste à établir des expertises psychiatriques (d’auteurs ou de victimes) ou médico-légale sur demande d’un magistrat. Pour ma part, j’ai en plus une activité universitaire. Je mène une étude sur la légitime défense dans les homicides conjugaux.

Pouvez-vous expliquer ce qu’est la légitime défense ?
En France, la légitime défense est reconnue quand la réponse à l’agression physique est immédiate et qu’elle est proportionnelle. Par exemple, vous recevez une gifle, vous répliquez avec un coup de couteau, ce n’est pas de la légitime défense. Il y a légitime défense quand la personne agressée ressent un danger de mort immédiat et qu’elle réagit en conséquence. Dans mon étude, je m’intéresse aussi à la légitime défense différée qui est reconnue au Canada mais pas en France. La légitime défense différée est, comme dans l’affaire Jacqueline Sauvage, un geste criminel en réponse à des violences répétées qui génèrent une crainte pour sa vie. Au Canada, des psychiatres ont établi qu’une victime de violences conjugales chroniques peut être amenée à tuer son agresseur lorsqu’elle présente des symptômes similaires à un état de stress. C’est de la légitime défense différée. Dans mon étude, j’ai accès, avec l’autorisation de la Chancellerie et de la Cour d’appel de Poitiers, aux dossiers des affaires d’homicides ou de tentatives d’homicides conjugaux. Je vais y rechercher s’il y a eu la présence de situations de légitime défense différée.

Qu’est-ce qu’un homicide conjugal ?
Un homicide conjugal est une situation dans laquelle l’auteur tue son partenaire intime de vie.

Comment l’auteur passe-t-il à l’acte ?
Le plus souvent, la victime est une femme. La principale motivation à l’origine de des homicides conjugaux est la possession de la compagne associée à la jalousie. L’acte meurtrier est commis lorsque l’homme se rend à l’évidence que la séparation est irrémédiable pour se venger de l’abandon ressenti, pour empêcher la femme d’être avec une autre personne. L’homicide est alors une réaction à la « dépossession », où l’amour laisse place à la haine. Il faut savoir que 30% des passages à l’acte sont réalisés par des ex-compagnons ou des ex-compagnes. La vengeance et la querelle sont les motivations suivantes, le plus souvent dans un contexte où la violence et la consommation d’alcool sont courantes. Mon travail est d’aller à la rencontre de ces crimes et de leurs auteurs pour établir un profil psychiatrique et criminologique, comprendre l’acte criminel afin, à long terme, de donner des clés pour prévenir le passage à l’acte.