Le donneur vivant, un atout décisif pour la greffe rénale

De gauche à droite : le Pr Antoine Thierry, néphrologue, le Dr Laure Ecotière, néphrologue, le Dr Pierre Pillot, urologue, Nathalie Chargé, infirmière coordinatrice des greffes rénales, le Pr Franck Bridoux, néphrologue, et le Dr Pierre-Olivier Delpech, urologue.

La transplantation rénale est un axe fort du CHU de Poitiers. Menée par le service de néphrologie et les chirurgiens urologues, cette activité est le traitement de choix de l’insuffisance rénale chronique terminale. Depuis 1994, les équipes du CHU de Poitiers ont aussi recours au donneur vivant pour répondre au besoin des patients en attente de transplantation rénale.

Philippe n’est pas un patient comme les autres. D’ailleurs, il n’en est pas un : il est donneur vivant. Ce Niortais de 61 ans vient « d’offrir » un de ses reins à son épouse. Cette dernière souffre de polykystose rénale, une maladie génétique qui provoque, à terme, une insuffisance rénale chronique. L’épouse de Philippe n’avait que deux options de traitement : la dialyse ou la greffe de rein : « C’était une évidence, à mes yeux, et surtout si cela permettait à mon épouse de guérir. » Philippe sera suivi tous les ans, au CHU de Poitiers, par le Pr Antoine Thierry, néphrologue, et par Nathalie Chargé, infirmière coordinatrice des greffes rénales. « Pour répondre à la pénurie de greffons, le recours au donneur vivant est une stratégie que nous devons développer », précise le Pr Thierry. Depuis le début de l’année 2017, sept patients ont bénéficié au CHU de Poitiers d’une transplantation rénale à partir d’un donneurs vivant, et Nathalie Chargé d’ajouter : « Il y a de fortes chances pour que nous comptabilisions une huitième greffe à partir d’un donneur vivant. »

La greffe de rein : une vieille tradition à Poitiers
Retour vingt ans en arrière. Les professeurs Guy Touchard (néphrologue) et Jacques Aubert (urologue) réalisaient au CHU de Poitiers la première greffe rénale en mars 1986. À l’époque, cette activité est encore peu développée et on prélève principalement les donneurs en état de mort encéphalique. Pourtant les choses vont évoluer avec le nombre sans cesse croissant de patients candidats à la greffe, traitement de choix de l’insuffisance rénale chronique terminale. » À ce jour, environ 180 personnes sont en attente d’une transplantation rénale sur le territoire de l’ex-région Poitou-Charentes et inscrites sur la liste d’attente de notre centre », précise l’infirmière coordinatrice, Nathalie Chargé. Face à cette demande toujours plus forte, la révision des lois de bioéthiques en 2011 a permis d’élargir le cercle des donneurs vivants aux amis proches ayant des liens affectifs et durables depuis plus de deux ans. Tout le monde ne peut cependant pas donner un rein. L’Agence de biomédecine a établi des critères précis auxquels doit répondre le potentiel donneur. »

À partir du moment où nous évaluons un potentiel donneur, un ensemble d’examens est réalisé pour vérifier la faisabilité du don et cela peut prendre entre quatre à six mois », précise le Pr Thierry. Une fois la date d’intervention programmée, le patient et son donneur sont hospitalisés dans le service de néphrologie.

La chirurgie commence par le prélèvement chez le donneur à l’aide du robot chirurgical Da Vinci, réalisé par le Dr Pierre Pillot, urologue. Puis c’est la transplantation proprement dite, réalisée par le second urologue, le Dr Pierre-Olivier Delpech. « Nous travaillons étroitement avec le service d’urologie. La compétence de nos chirurgiens est essentielle pour assurer le succès initial de la greffe », indique Nathalie Chargé. Le suivi médical du donneur comme du receveur est ensuite assuré par le service de néphrologie.

De meilleurs greffons
Les avantages d’une greffe à partir d’un donneur vivant sont multiples. Selon le Dr Pillot, « les résultats à long terme sont excellents car les donneurs sont particulièrement bien évalués puis le greffon rénal transplanté dans les meilleures conditions », rappelle l’urologue. Avant 2016, seulement trois reins en moyenne, étaient prélevés à partir d’un donneur vivant. L’année dernière, ce chiffre a augmenté à sept, puis d’ici à la fin de l’année, ce chiffre pourrait passer à huit. Et le Pr Thierry de conclure : « L’Agence de la biomédecine souhaite que les centres de transplantation augmentent dans les cinq ans qui viennent cette activité. En 2020, notre objectif est de réaliser une vingtaine de greffes rénales à partir de donneurs vivants. »