Cancer du pancréas : des aiguilles contre la tumeur

Le Nanoknife permet d’agir directement à l’échelle membranaire de la cellule, pour une action extrêmement ciblée et le respect de l’intégrité des tissus sains.

Le CHU de Poitiers s’est doté en 2012, grâce au soutien de Sport et collection, d’un équipement d’exception : le Nanoknife, utilisant l’électroporation pour détruire les tumeurs. Irecap – électroporation irréversible dans le traitement de l’adénocarcinome du pancréas localement avancé – est une étude, unique en France, menée au CHU auprès de patients atteints de cancer du pancréas. Les premiers résultats sont prometteurs.

« L’incidence des cancers du pancréas explose aujourd’hui, avec plus de 1% de nouveaux cas chaque année, chez des patients de plus en plus jeunes. C’est l’un des cancers solides les plus mauvais en termes de pronostic vital, car il est souvent découvert tard et répond très mal à la chimiothérapie », rappelle le Pr Jean-Pierre Tasu, chef du pôle imagerie du CHU de Poitiers. Face à ce constat et fort de l’acquisition d’un Nanoknife1, le CHU de Poitiers mène une étude unique en France. Le protocole d’étude Irecap – électroporation irréversible dans le traitement de l’adénocarcinome du pancréas localement avancé –, conduit par les professeurs Jean-Pierre Tasu, Michel Carretier et David Tougeron et le Dr Guillaume Vesselle, vise à évaluer la méthode d’électroporation dans le traitement de certains types de cancers du pancréas.

Quand la chirurgie ou les méthodes de thermoablation ne peuvent être retenues, l’électroporation peut présenter une nouvelle voie thérapeutique et une alternative avantageuse. Le principe ? L’électroporation se caractérise par l’utilisation d’un courant de très fort voltage et de courte durée entraînant l’ouverture de nanopores membranaires dans la cellule, de façon temporaire ou permanente. L’électroporation irréversible permet de cibler et détruire les cellules cancéreuses. Son principal atout : elle respecte les structures nobles (artères, veines, nerfs…) et ne détruit pas les tissus environnants, un plus par rapport aux méthodes de destruction des tumeurs par la chaleur ou le froid comme la radiofréquence et la cryoablation. Au niveau du foie, après l’électroporation irréversible, les cellules peuvent se régénérer en quelques jours et ainsi reformer un tissu normal.

L’équipe médicale contrôle l’électroporation dans le traitement du cancer du pancréas avec le Nanoknife.
L’équipe médicale contrôle l’électroporation dans le traitement du cancer du pancréas avec le Nanoknife.

Critères d’inclusion stricts
Dans le protocole Irecap, les patients inclus viennent de toute la France, Poitiers étant le seul centre en France à disposer d’un Nanoknife dédié au pancréas. Les critères d’inclusion sont stricts. Sont concernés les patients avec des lésions localement avancées, non opérables et non métastatiques. Il existe plusieurs contre-indications : troubles du rythme cardiaque, épilepsie, patient porteur d’un neurostimulateur ou d’un matériel d’électrostimulation et grossesse notamment.

Une fois le patient inclus dans Irecap, le protocole est le suivant : après une chimiothérapie de trois mois, un bilan d’imagerie complet est réalisé. « Si la maladie est stable et sans progression métastatique, alors la termoporation est effectuée.  » L’objectif de cette étude de phase II est d’évaluer le taux de résection complète après électroporation de malades qui étaient non opérables. En effet, à ce jour, le seul traitement de l’adénocarninome du pancréas reste la chirurgie.

Une méthode porteuse d’espoir
« C’est une technique assez difficile à mettre en oeuvre, explique le Pr Tasu. Le placement des aiguilles (six au maximum) se fait sous contrôle par scanner. Toutes doivent avoir la même profondeur et la même distance entre elles, le placement se fait au millimètre. Les aiguilles entourent la cible tumorale, définissant la zone de traitement. L’anesthésie doit être très profonde, avec une curarisation complète du patient afin qu’il n’y ait aucune contraction musculaire. La durée totale d’une électroporation, anesthésie incluse, peut atteindre quatre heures. »

Des effets secondaires de l’électroporation sont possibles : douleurs abdominales et dorsales, pancréatite biologique, troubles du transit essentiellement mais des complications plus graves ont été observées (pancréatite nécrosante, perforation d’organes digestifs par exemple).

A ce jour, treize patients, d’une moyenne d’âge de 59 ans, ont été inclus dans le protocole d’étude Irecap. Le taux d’échec technique est nul. « Les premiers résultats semblent encourageants. Nous allons peut-être avoir un gain en termes de survie sur une population sélectionnée, même si les résultats définitifs ne sont pas encore connus. Cette méthode, en association avec d’autres en cours d’élaboration comme l’immunothérapie, est porteuse d’espoir », pointe le Pr Tasu.

1 Grâce au soutien de l’association Sport et collection.