Aromathérapie : évaluer et étendre les pratiques pour améliorer le bien-être du patient

Bain de bouche en soins palliatifs

L’aromathérapie est utilisée depuis plusieurs années au CHU de Poitiers dans le service de soins palliatifs du pôle régional de cancérologie mais également au sein des pôles gériatrie et de Montmorillon notamment. Cette médecine complémentaire, qui contribue à l’amélioration du bien-être des patients, fait l’objet de deux protocoles de recherche paramédicaux, lauréats de plusieurs prix. Une commission institutionnelle planche désormais sur les pratiques d’aromathérapie pour optimiser et développer l’utilisation des huiles essentielles dans l’établissement.

« Au sein de l’unité de soins palliatifs, les équipes sont en recherche permanente de tout ce qui peut améliorer la qualité de vie du patient », souligne Catherine Boisseau, cadre de santé certifiée en phyto-aromathérapie, qui a accompagné la mise en place des protocoles autour des huiles essentielles dans l’établissement. « Comme l’hypnose ou le toucher en pratique de soins, l’aromathérapie est une thérapeutique non médicamenteuse et non invasive, sans prescription médicale, qui peut améliorer le bien-être du patient. Nous nous y sommes donc rapidement intéressés. »

C’était en 2009, à la création de l’unité de soins palliatifs du CHU de Poitiers. En accord avec l’équipe médicale, cette pionnière propose d’utiliser l’aromathérapie pour améliorer l’ambiance olfactive du service et lutter contre les odeurs, difficilement supportables tant pour le patient que pour les équipes soignantes et les familles, lors de certains soins. « Notre pharmacopée est issue de la phytothérapie, même si nous l’avons oublié, rappelle Catherine Boisseau. Il peut y avoir jusqu’à 32 principes actifs dans une seule huile essentielle, et l’on peut également les utiliser en synergie pour en combiner les différentes propriétés. »

Quelques années plus tard, l’équipe est lauréate du prix Annie d’Avray, « ce qui nous a permis d’acheter les huiles essentielles, les diffuseurs et de former une partie des soignants ». Un protocole d’utilisation a été défini avec le comité de lutte contre les infections nosocomiales (CLIN). Diffusion olfactive mais aussi massages, bains de bouche ou encore bains thérapeutiques : l’utilisation des huiles essentielles, par exemple pour leurs vertus apaisantes en cas d’anxiété, de troubles du sommeil et de l’humeur… s’est progressivement étendue dans l’unité de soins palliatifs. « C’est une thérapeutique en plus, personnalisée en fonction des besoins du patient, qui redevient ainsi acteur de sa prise en charge. »

Recherche paramédicale
En 2013, toujours au sein de l’unité de soins palliatifs, est mis en place un référentiel de prévention et de traitement des affections buccodentaires. A cause des traitements, l’altération de la muqueuse buccale est, en effet, source de douleurs pour les patients. « Nous avons créé un mélange d’huiles essentielles avec des vertus antifongiques, antibactériennes, antalgiques, anti-inflammatoires et cicatrisantes. Après sept jours d’utilisation, nous avons constaté une amélioration de leur état », explique Catherine Boisseau. Du côté des patients, les retours sont très positifs, avec un taux de satisfaction de 100%.

Un exemple de boîte d’huiles essentielles utilisée dans les services de soin. Les huiles sont répertoriées en fonction de leurs bienfaits, ici en diffusion
Un exemple de boîte d’huiles essentielles utilisée dans les services de soin. Les huiles sont répertoriées en fonction de leurs bienfaits, ici en diffusion.

Pour valider scientifiquement ce que les équipes soignantes avaient constaté « de manière empirique », un protocole de recherche, porté par Catherine Boisseau en concertation avec le Dr Laurent Montaz, chef de service des soins palliatifs, est mis en place. Sparoma est une étude comparative (bain de bouche aromatique/bain au bicarbonate de soude), conduite en collaboration avec le laboratoire de parasitologie et mycologie médicale, chargé de réaliser les aromatogrammes à partir de prélèvements effectués dans la bouche des patients. Aujourd’hui, un second projet de recherche, soutenu par le fonds Alienor, lui fait suite pour développer, toujours auprès des patients souffrant d’une altération de la bouche, les bains en aromathérapie dans les services de gériatrie, de cancérologie et d’hospitalisation à domicile.

L’aromathérapie fait tache d’huile
Depuis, l’utilisation des huiles essentielles s’est développée au sein du CHU : au sein du service d’hématologie du pôle régional de cancérologie, sur le site de Montmorillon à partir de 2015 et, plus récemment, au pôle de gériatrie. Aussi, avec l’arrivée de Catherine Boisseau au sein du service d’hospitalisation à domicile, l’intégration de l’aromathérapie dans les pratiques de soins est étudiée en collaboration avec le Dr Imane Saleh, médecin coordonnateur. Face à cette demande croissante, une commission travaille aujourd’hui à la structuration institutionnelle de l’aromathérapie dans l’établissement. Un projet qui a obtenu l’aval de la commission du médicament en mars dernier.

« Notre objectif est de recenser les pratiques actuelles, de les évaluer, les améliorer et de les étendre. Il s’agit de proposer aux patients des stratégies d’intervention efficaces », résume Marlène Arbutina, cadre supérieure de santé, à l’origine de ce groupe de réflexion pluridisciplinaire porté par la coordination générale des soins du CHU. L’établissement de cette « feuille de route » réunit de nombreuses expertises médicales et paramédicales, à l’image du Dr Corine Lamour, praticien hospitalier en oncologie thoracique. « Je constate chez mes patients une pratique évidente et personnelle des médecines naturelles, qu’il nous faut prendre en compte et accompagner », estime-t-elle.

Le Dr Lamour poursuit une thèse au Centre d’études supérieures en civilisation médiévale de l’université de Poitiers, et s’intéresse à la pharmacopée du Moyen-Age. Elle suit également la formation Hippocratus, une formation diplômante autorisant la prescription de traitements par les plantes. « L’objectif, à terme, est de développer, au sein du pôle régional de cancérologie, une consultation de soins de confort en aromathérapie et phytothérapie. »

Afin d’améliorer les pratiques professionnelles, de nouveaux projets de recherche vont voir le jour. « La validation scientifique va permettre de développer de nouveaux savoirs. Notre objectif est d’également promouvoir conseils et informations sur la bonne utilisation de l’aromathérapie auprès des patients, mais aussi, dans un deuxième temps, à destination des paramédicaux libéraux et du grand public. »

Article issu du CHU magazine n°76.